Quelques points me tiennent à cœur lorsqu’on aborde la question de traduire l’état de l’art de la connaissance scientifique et des bonnes pratiques de santé publique dans les politiques…et leur mise en œuvre en particulier à l’échelon local.
J’aimerais commencer par une anecdote :
La question d’un maire de petite ville rurale entendue lors d’un colloque de l’AMIF (association des maires d’Ile de France) sur la qualité de l’air
Il était abordé la question de la mesure de la concentration de CO2 dans les écoles, pour définir à quel moment il faut aérer les classes…
Cet élu avait pointé du doigt que le problème pour lui résidait davantage dans les épandages occasionnels de pesticides, l’école de sa commune étant située à 200 mètres des champs.
Et sa question n’était plus, à quel moment faut-il ouvrir les fenêtres, mais au contraire, faudrait-il les fermer et les calfeutrer pour protéger les enfants ?
Il évoquait aussi qu’il aurait même aimé fermer l’école au moment des épandages de pesticides. Mais il n’en a pas le droit.
Une vraie question, légitime et pratique pour l’élu local.
Que j’aimerais prolonger en disant « Qu’est-ce qu’on sait ? Jusqu’où on est vraiment capables de répondre à des questions de décideurs locaux et quelles sont-elles ? Est-ce qu’il faudrait laisser plus de marge aux acteurs locaux ? »
Mon parcours professionnel très écartelé de chercheur, évaluateur, expert, élu local, promoteur de la connaissance scientifique, parfois à l’échelle nationale et internationale et aujourd’hui plus local et territorial… m’amène à m’interroger encore sur les modalités des articulations entre l’ensemble des « parties prenantes » … dont les enjeux et intérêts s’entrecroisent encore souvent sans se mêler.
Et je ne parle même pas des citoyens, des organisations qui portent leurs voix et des autres composantes de la société civile.
Et donc j’insisterai sur cette catégorie de décideurs qui me semble essentielle, les élus locaux, 500 000 en France, renouvelés en partie à chaque élection. Ils sont au coeur de notre engagements de Fondation aujourd’hui
Certes certains sont déjà installés de longue date et quasi « professionnels » de l’exercice.
Mais la majorité, que j’appellerai les « bénévoles » de la démocratie républicaine, n’ont pas d’accueil ni de formation spécifique et pour beaucoup d’entre eux aucune rémunération..
Et pour les petites communes, il n’y a même pas de services techniques en général à portée de main pour les épauler.
Pourtant, aussitôt élus, une bonne partie de leur mandat est de mettre en œuvre des décisions « d’en haut » au niveau de leur territoire, ce qui veut souvent dire être le maillon final de la chaine d’explication aux citoyens, comme ils peuvent… comme animateur de territoire. Or ils ne peuvent pas dire qu’ils « ne savent pas ».
Il faut donc s’intéresser plus à « leurs questionnements », leurs incertitudes vis-à-vis de la connaissance, l’expertise d’accompagnement nécessaire à une compréhension raisonnable des enjeux et questionnements scientifiques et techniques de la majorité des dossiers de leur quotidien et leur fournir des données « adaptées » et formatées pour eux sur leur territoire.
Car l’instauration de normes, aussi précises soient-elles, ne suffit pas, voire est contreproductive, surtout si elle donne « l’impression que c’est une espèce de jungle institutionnelle »
Les politiques publiques ne peuvent produire d’effets durables que si elles s’appuient sur une participation active et continue des décideurs territoriaux. C’est pourquoi, dans cette perspective, des sessions de partage de données et de questions sur des sujets très concrets comme celle d’aujourd’hui me semblent nécessaires et très utiles, dès lors qu’elles débouchent sur des actions concrètes dont on mesurera les effets.
